Saturday, February 02, 2008

Réponses à Color Vermell.


Je réponds à une question et à quelques affirmations de Color Vermell.




"Qu'est-ce pour vous que le Socialisme, Melchior ? Qu'est-ce qu'un socialiste ? Vous sentez-vous socialiste ?"




Laissons le "socialisme utopique" sur les rayons des bibliothèques.




Je ne me sens pas non plus "socialiste en peau de lapin" comme on appelait les vieux-socio-démocrates genre Guy Mollet: programme maximum pour les discours de banquet, programme mini-minimum pour les combinaisons avec les partis de droite.




Je suis de ceux qui pensent que le "socialisme scientifique" a été une erreur, qui a conduit les travailleurs non vers leur émancipation, mais dans une impasse monstrueuse et tragique. On peut saluer ceux qui ont de bonne foi fait cette erreur en leur temps, mais certainement pas féliciter et encourager ceux qui y persévèreraient encore de nos jours.




Il y a un quatrième sens: le mot peut continuer à désigner l'ensemble des courants politiques qui, sans concession à l'utopie ni recours à une pseudo-scientificité, se réfèrent à un idéal d'émancipation des travailleurs et de toute l'humanité, de justice sociale, de progrès de la société humaine (et de liberté de chercher le bonheur pour les individus qui la composent). Pour m'identifier à ces courants, je veux bien conserver l'étiquette. Comme dit... le Dalaï Lama (l'Obs de cette semaine): "En politique, soyez socialiste".




"Le tout-marché par la voie ultra-libérale est une aberration".




Pleinement d'accord. Une aberration historique qui fait pendant à l'autre (le Plan autoritaire avec système politique totalitaire). A la limite on est dans la tautologie: il n'y a pas d'autre voie que l'ultra-libérale pour le tout-marché, et celui-ci est l'abourtissement de la voie ultra-libérale.




"Quant aux solutions, Engels dit clairement que la Révolution précède la dictature du prolétariat. Lénine en fait un relais très explicite dans "L'Etat et la Révolution"."




Oui, ils le disent (mettons "instaure" au lieu de "précède"). On n'est pas forcé de les suivre... L'idée qu'une révolution sociale est nécessaire pour refaire et compléter la révolution dite "bourgeoise" me paraît plus idéologique que scientifique. Je pense pour ma part que la transformation sociale peut (doit) s'envisager par des réformes dans le cadre de la démocratie libérale pluraliste. (Celle-ci a au moins le mérite de nous laisser la latitude d'en discuter !) Quant à la dictature du prolétariat, elle a une fâcheuse propension à se transformer en dictature (combien féroce !) sur le prolétariat. Il y a une insuffisance d'analyse des théoriciens marxistes sur ce point Même Trotski n'a vu dans la "révolution trahie" en URSS que le résultat exceptionnel de conditions particulières... Des penseurs comme Castoriadis et Lefort sont, en partant du marxisme, allés plus loin dans l'analyse.


"A ce jour tous les ingrédients sont présents dans le monde pour déstabiliser et détruire le Capital".



Je suis d'accord pour réduire et contrôler le capitalisme financier, et pour réformer profondément, dans un sens favorable aux travailleurs, les marchés de la force de travail. Mais "détruire le Capital", je ne sais pas ce que cela veut dire. Dans toute société moderne, il y a production d'un "produit nécessaire" et d'un "surproduit social", masses de valeur qui constituent un Capital amené à se reconstituer, élargi, de génération en génération. Cela a commencé bien avant l'émergence du capitalisme et continuera encore très longtemps, sauf catastrophe écologique majeure et fatale...


D'accord enfin avec Fanch pour dire que la "démocratie ouvrière" est un enjeu crucial, à condition de ne pas donner à "ouvrière" un sens restrictif. Il ne doit pas s'agir de limiter la démocratie libérale pluraliste, mais au contraire de l'élargir.



NB. Colin Folliot publie en ce moment un exposé sur Friedrich Engels.

5 Comments:

Anonymous Colin said...

Hi, merci pour le lien vers mon texte ;-)

Sinon ,la phrase à laquelle tu réponds, sur Engels et la révolution...elle me donnerait presque envie de publier d'un coup mon exposé jusqu'au bout... mais faut garder le suspens !
Enfin, en bref, certains textes, et certaines prises de positions, d'Engels sur la fin de sa vie laissent à penser qu'il aurait pu évoluer quant à l'idée de révolution. Notamment en acceptant, dans certaines conditions précises, la voie parlementaire...
Mais ne t'inquiète pas, je vais bientôt développer ce point sur mon blog !

3/2/08  
Anonymous Colin said...

Du coup j'en oublie le principal, répondre sur le fond à ton billet...

D'abord je tiens à dire que l'invocation à Lénine, Engels, ou n'importe qui d'autres ne doit pas remplacer la réflexion. Au contraire, ce qu'on doit retenir des penseurs socialistes, avant les solutions qu'ils proposent, c'est leur analyse. Parce que c'est à partir de leurs méthodes d'analyse qu'ils imaginaient des solutions à la situation DE LEUR TEMPS. Et le capitalisme financier ou l'installation séculaire de la démocratie libérale, ni Engels, ni Lénine, ni aucun penseur de cet époque ne pouvait en juger...
Enfin bref, ce n'est pas en utilisant leurs petites phrases "dogmatiquement" qu'on fera avancer le schmilblick !

A part ça, je pense que l'enjeu central aujourd'hui pour le socialisme c'est de trouver comment concilier démocratie, liberté, bien-être de manière équitable, et au-delà de nos petites frontières nationales...

3/2/08  
Anonymous Christine said...

"Celle-ci a au moins le mérite de nous laisser la latitude d'en discuter !"

La dictature du prolétariat c'est "ferme ta gueule", la démocratie libérale pluraliste c'est "cause toujours" ;-))

3/2/08  
Anonymous melchior said...

à Christine
eh eh, très drôle (je ne l'avais jamais entendue). Mais inexacte. La ddp c'est :" dis la même chose que le parti, allons, plus fort, et avec un air plus sincère, sinon il t'en cuira"; la dlp c'est différent, si la classe ouvrière est organisée et sait se faire entendre elle obtient des réformes parfois substantielles, et la possibilité de réclamer davantage.

3/2/08  
Anonymous Vermell said...

Avant de commencer, je tiens à te présenter mes sincères excuses pour ce retard de réponse.

Les municipales et cantonales sont achevées (même si sur Perpignan, on se pÔale encore ;-) ), je respire, enfin, un tout petit peu.

Merci pour tes réponses concises, je suis flatté que tu ais pris le temps de les rédiger.

Des solutions existent, c'est clair. Il ne faut négliger aucunes pistes. Ce sont sur les convergences d'opinions que nous pourrons , un jour, travailler ensemble.

Amicalement.

Vermell

18/3/08  

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